Le débat s'ouvre sur les vidéos tournées lors de réunions militantes, révélées par le média Le Média : on y entend Raphaël Glucksmann parler d'une « danse du ventre » de Ségolène Royal pour obtenir un poste et employer des mots vulgaires contre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Ségolène Royal dénonce une agression à connotation sexuelle ; Raphaël Glucksmann assume que c'est sa voix, reconnaît que ce langage n'a pas sa place dans le débat public, conteste toute connotation sexiste puis se dit plus tard « désolé » si ses propos ont été perçus ainsi ; Olivier Faure lui conseille de s'excuser.
CAP 190°
Le débat de la primaire de la gauche · dernier débat sur BFMTV, avec Libération
4 octobre 2026 · En direct sur BFMTV. Vidéo intégrale, résumé en six points, positions par candidat, désaccords et vérifications.
Organisé par BFMTV, en partenariat avec Libération · animé par Les présentateurs de BFMTV, avec un éditorialiste de Libération · durée Environ 3 h 15
En six points
Sur les alliances, Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann excluent tout accord avec La France insoumise et reprochent à Olivier Faure de laisser la porte ouverte aux législatives ; celui-ci répond qu'il n'a jamais parlé d'alliance avec Jean-Luc Mélenchon et que les deux autres ont fait tourner la primaire autour de lui, avant de lire un passage du livre de Jérôme Guedj sur les coalitions. Emmanuel Maurel s'engage à soutenir le gagnant ou la gagnante et ne voit d'union avec La France insoumise qu'en cas de victoire de Marine Le Pen ; Ségolène Royal accuse Raphaël Glucksmann de vouloir faire un « hold-up » sur le Parti socialiste.
Sur le mouvement lycéen, tous jugent les revendications légitimes et condamnent les casseurs. Olivier Faure sera dans la rue mardi avec les lycéens et refuse qu'on « tire à bout portant sur des enfants » ; Jérôme Guedj veut de nouvelles consignes de maintien de l'ordre sans LBD ni tirs de gaz lacrymogène à bout portant ; Raphaël Glucksmann promet une loi de programmation pour l'école ; Emmanuel Maurel veut abroger Parcoursup et la réforme du lycée de 2019 et réserver à terme l'argent public à l'enseignement public.
Sur les retraites, interrogés par Sophie Binet (CGT), Olivier Faure veut abroger immédiatement la réforme de 2023 et revenir à 62 ans, Raphaël Glucksmann veut abroger la réforme sans revenir à 60 ans, Emmanuel Maurel s'en tient aux 62 ans obtenus par la suspension, Jérôme Guedj ne veut pas d'âge légal « pivot » et propose de moduler le départ selon la pénibilité de chaque métier. Raphaël Glucksmann et Emmanuel Maurel refusent toute capitalisation ; Jérôme Guedj refuse qu'elle se substitue à la répartition mais défend une « capitalisation collective », un fonds souverain alimenté par la taxation de l'intelligence artificielle et des plus-values.
Face aux huit électeurs indécis, Ukraine et énergie opposent les nuances : Ségolène Royal plaide pour un lieu permanent de négociation et la médiation, quand Jérôme Guedj juge qu'une négociation reviendrait à céder une partie du territoire ukrainien, et que Raphaël Glucksmann, Olivier Faure et Emmanuel Maurel veulent d'abord aider l'Ukraine et saisir les avoirs russes gelés. Sur le nucléaire, Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann et Emmanuel Maurel le défendent ; Olivier Faure parle d'« énergie de transition » et veut mettre le paquet sur les renouvelables.
Sur le reste, Raphaël Glucksmann veut financer une baisse de la CSG sur les salaires par une taxation des héritages de plus de 2 millions d'euros ; Ségolène Royal rétablirait l'impôt sur la fortune financière et lutterait contre la fraude fiscale ; Olivier Faure défend la taxe Zucman ; Emmanuel Maurel défend un grand emprunt citoyen. Ségolène Royal et Olivier Faure veulent régulariser les travailleurs sans papiers, et Jérôme Guedj planifier l'immigration par une loi de programmation.
Positions par candidat
Ce que chacun a dit pendant ce débat précis, avec l'horodatage de la vidéo.

Parti socialiste
Olivier Faure
Programme · 12:59
Annonce l'abrogation de la réforme Borne, un SMIC à 1 700 €, l'indexation des salaires sur l'inflation et la taxe Zucman, avec 500 Md€ consacrés à la transformation écologique sur dix ans.
Alliances · 16:31
Affirme n'avoir jamais parlé d'alliance avec Jean-Luc Mélenchon et juge que le débat tourne en permanence autour de lui, « comme si c'était le seul sujet ».
Alliances · 32:36
Reproche à Jérôme Guedj d'avoir écrit qu'« aucune force politique en l'état actuel ne pourra gouverner seule » et d'être prêt à une alliance avec la droite, alors que lui n'a, dit-il, jamais dit qu'il ferait alliance avec la gauche radicale.
Lycéens · 56:57
Sera dans la rue mardi avec les lycéens ; recevrait les lycéens à l'Élysée, convoquerait des états généraux lycéens académie par académie et un plan de rénovation, avec 19 élèves par classe dans les lycées dotés comme l'éducation prioritaire.
Maintien de l'ordre · 1:04:10
Aurait ordonné qu'on ne tire pas à bout portant sur des enfants, et refuse les menottes et l'humiliation pour des mineurs.
Retraites · 1:20:56
Abrogation immédiate de la réforme de 2023 et retour à 62 ans, qu'il conserve comme « butée » ; veut rapprocher l'âge du taux plein (67 ans) de cette borne, jusqu'à 65 ans pour les carrières hachées.
Ukraine · 1:54:31
Partage l'inquiétude pour l'Ukraine ; juge qu'il n'y a aucune volonté de Vladimir Poutine d'ouvrir un dialogue de paix et veut confisquer les avoirs russes, comme celui-ci confisque des avoirs français.
Énergie · 2:00:20
« Le nucléaire autant que nécessaire, les renouvelables autant qu'il est possible » : le nucléaire serait une énergie de transition, à cause de la dépendance à l'uranium importé.
Fiscalité · 2:27:22
Juge le rétablissement de l'ISF financier insuffisant (3 Md€, selon lui) ; défend la remise en cause d'une partie des cadeaux fiscaux et la taxe Zucman (2 % au-delà de 100 millions d'euros de patrimoine).
Immigration · 2:49:19
Veut régulariser les travailleurs sans papiers, qui font selon lui tourner chantiers, livraisons et services à domicile, et juge que cette mesure peut être populaire.
Immigration · 3:09:44
S'oppose à toute restriction du regroupement familial.

Place publique
Raphaël Glucksmann
Alliances · 15:04
Refuse les « compromissions » avec La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon, et toute alliance avec la droite ; veut l'union de la gauche démocratique avec les écologistes et les communistes.
Vidéos · 23:06
Dit assumer ses propos tenus en réunion, reconnaît que « c'était [sa] voix » et que ce langage n'a pas sa place dans le débat public, mais conteste toute connotation sexiste du terme « danse du ventre ».
Vidéos · 36:09
Se dit « vraiment désolé » si ses propos ont été perçus comme sexistes et se déclare opposé à toute forme de sexisme.
École · 1:07:36
Promet, dès son élection, une loi de programmation sur cinq ans pour l'éducation et la culture : rénovation du bâti, hausse du salaire des enseignants, baisse du nombre d'élèves par classe.
Retraites · 1:26:48
Abrogerait la réforme de 2023 sans capitalisation ; juge impossible un retour à 60 ans et s'en tient à 62 ans, en prenant en compte la pénibilité.
Ukraine · 1:44:39
Poursuivrait et augmenterait l'aide à l'Ukraine, saisirait les 210 Md€ d'avoirs russes gelés et construirait une défense européenne souveraine.
Énergie · 2:11:52
Veut couper les « laisses » technologique, industrielle et énergétique : nucléaire et renouvelables, et un leasing social pour les voitures électriques (8 Md€, selon lui).
Fiscalité · 2:22:21
Veut taxer les héritages de plus de 2 millions d'euros pour baisser la CSG sur les salaires (105 € de plus par mois pour un salaire de 1 700 €, selon lui).

Parti socialiste
Jérôme Guedj
Alliances · 5:24
S'oppose « résolument » à une alliance avec La France insoumise, comme, dit-il, 73 % des sympathisants ; reproche à Olivier Faure de laisser entendre que des accords législatifs restent possibles.
Alliances · 33:03
Assume des « compromis républicains » avec la droite et le centre sur l'école, la santé, les finances publiques et la transition écologique, mais refuse toute alliance législative avec elles comme avec La France insoumise.
Maintien de l'ordre · 51:18
Promet de nouvelles consignes aux forces de l'ordre : pas de LBD ni de tirs de gaz lacrymogène à bout portant lors des manifestations de lycéens.
Jeunesse · 52:24
Veut obliger les entreprises aidées par l'argent public et les administrations à proposer des stages et des alternances sur une plateforme unique.
Retraites · 1:14:49
Veut une nouvelle réforme « juste et financée » sans âge légal « pivot » : départ selon la pénibilité de chaque métier, négociée par branche, et âge de la décote ramené à 66, voire 65 ans.
Retraites · 1:16:53
Refuse que la capitalisation individuelle se substitue à la répartition ; défend une « capitalisation collective », un fonds souverain alimenté par la taxation de la robotisation, de l'intelligence artificielle et des plus-values.
Ukraine · 1:50:43
Juge que négocier avec Vladimir Poutine reviendrait à rendre possible une annexion de fait ; veut que l'Ukraine gagne et que la France continue de financer et de livrer des armes, dont des missiles Scalp.
Énergie · 1:58:12
Juge le nucléaire incontournable, les renouvelables irremplaçables et la sobriété nécessaire ; veut sortir de la tarification européenne de l'électricité et une voiture électrique à 10 000 ou 15 000 € produite en France ou en Europe.
Santé · 2:19:21
Défend une « sécurité sociale intégrale » qui rembourserait 100 % du panier de soins à la place des complémentaires, et le versement des allocations familiales dès le premier enfant.
Fiscalité · 2:30:08
Veut réintroduire de la progressivité, baisser la TVA sur les produits de première nécessité et sur le logement, et faire des économies sur les dépenses sociales et de l'État sans pénaliser les plus fragiles.
Immigration · 2:54:41
Refuse l'immigration zéro comme l'ouverture totale des frontières : veut une loi de programmation débattue au Parlement, la « préférence travail », le droit d'asile étendu aux réfugiés climatiques, le CV anonyme et des récépissés de contrôle d'identité.

Gauche républicaine et socialiste
Emmanuel Maurel
Introduction · 11:22
Défend l'indexation des salaires sur l'inflation, le dégel du point d'indice des fonctionnaires et la démocratie sociale dans l'entreprise.
Alliances · 40:12
S'engage à soutenir le gagnant ou la gagnante de la primaire ; à la présidentielle il n'y aura « pas d'alliance » avec Jean-Luc Mélenchon, mais en cas de victoire de Marine Le Pen, la gauche s'unirait pour éviter une majorité RN à l'Assemblée.
Éducation · 53:57
Veut abroger Parcoursup et supprimer la réforme du lycée de 2019, qui crée selon lui 286 combinaisons de spécialités.
École privée · 1:10:31
Veut que l'argent public aille prioritairement, et à terme exclusivement, à l'enseignement public.
Retraites · 1:19:01
S'en tient aux 62 ans obtenus par la suspension de la réforme ; se dit totalement hostile à la capitalisation et juge le déficit des retraites peu important aujourd'hui.
Ukraine · 1:52:14
Veut continuer d'aider l'Ukraine, maintenir les sanctions, saisir les avoirs russes gelés et renforcer la cyberdéfense ; plaide pour plus d'autonomie européenne face à Donald Trump.
Énergie · 2:03:36
Veut sortir de la dépendance aux hydrocarbures par l'électrification, avec le nucléaire (dont les réacteurs à neutrons rapides) et la baisse de la TVA sur l'électricité.
Salaires · 2:16:06
Veut augmenter le SMIC, indexer les salaires sur l'inflation, relever les minima de branches inférieurs au SMIC et appliquer la directive européenne sur l'égalité salariale.
Fiscalité · 2:31:30
Se méfie d'une « révolution fiscale » : veut supprimer des niches (465, selon lui) et des exonérations de cotisations, et défend un grand emprunt citoyen pour financer le mur d'investissement.
Politique étrangère · 2:38:06
Résume sa diplomatie en trois mots : indépendance et non-alignement, relations avec le Sud, francophonie.

Sans étiquette
Ségolène Royal
Vidéos de Glucksmann · 18:42
Dénonce une agression à connotation sexuelle dans les propos sur la « danse du ventre » et affirme n'avoir jamais demandé de poste à Emmanuel Macron, qui l'a, dit-elle, écartée d'une mission pour avoir défendu les gilets jaunes.
Alliances · 42:31
Accuse Raphaël Glucksmann de faire un « hold-up » sur le Parti socialiste puis une alliance avec la droite ; veut rassembler les socialistes, puis les communistes et les écologistes.
Lycéens · 59:27
Affirme qu'avec elle « il n'y aurait pas de mouvement social » ; rappelle avoir institué, lorsqu'elle présidait une région, un budget participatif où les lycéens votaient 10 % des investissements.
Retraites · 1:24:02
Veut qu'on cesse de faire peur aux retraités, rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune et obtenir l'égalité salariale entre femmes et hommes avant de toucher aux pensions.
Ukraine · 1:47:12
Veut maintenir l'aide à l'Ukraine tout en faisant le même effort pour arrêter la guerre ; sa première initiative serait un lieu permanent de négociation avec les États-Unis, les Européens et ceux qui voudront s'y joindre.
Énergie · 2:05:38
Rappelle que sa loi de transition énergétique a refusé de planifier la fermeture des 58 réacteurs : elle n'avait prévu que celle de Fessenheim, à condition de ne pas baisser la capacité nucléaire (63,2 GW) ; veut des économies d'énergie et l'électrification.
Fiscalité · 2:25:29
Rétablirait en premier l'impôt de solidarité sur la fortune financière, baisserait les taxes sur l'essence (1,70 €) et la TVA sur l'énergie, et lutterait contre la fraude fiscale (plus de 100 Md€, selon elle) avec l'intelligence artificielle.
Immigration · 2:51:30
Régulariserait les travailleurs sans papiers, en dénonçant l'hypocrisie de certains employeurs ; lie la maîtrise des migrations au développement de l'Afrique.
Désaccords marquants
Vérification des affirmations
« Aujourd'hui, on est à 62 ans et 9 mois. Le compteur s'est arrêté à 62 ans et 9 mois. »
L'âge légal de départ est bien de 62 ans et 9 mois pour les assurés nés en 1964 (et du 1er janvier au 31 mars 1965), après la suspension de la réforme de 2023 votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Mais le compteur n'est pas arrêté pour autant : l'âge continue de monter pour les générations suivantes, de 63 ans pour les nés d'avril à décembre 1965 à 63 ans et 9 mois pour ceux de 1968, puis 64 ans à partir de 1969. La suspension retarde la montée de l'âge légal ; elle ne la supprime pas.
« Chaque année, il y a 450 000 chutes de personnes âgées avec près de 10 000 décès. »
Santé publique France chiffre à « près de 10 000 décès par an » les chutes de personnes âgées, ce qui confirme la seconde moitié de l'affirmation. Sa page sur le plan antichute parle en revanche de « plus de 100 000 hospitalisations » par an : le chiffre de 450 000 chutes n'y figure pas et n'a pas pu être retrouvé dans cette source, qui ne recense que les chutes graves à l'hôpital et pas toutes les chutes.
« Il y a 50 ans, les deux tiers de la fortune des Français, c'était le produit de leur travail, un tiers seulement le produit de leur héritage. Aujourd'hui, c'est l'exact inverse. »
Le Conseil d'analyse économique, organisme rattaché au Premier ministre, estime que la part de la fortune héritée dans le patrimoine total des Français est passée d'environ 35 % au début des années 1970 à 60 % aujourd'hui. L'ordre de grandeur est juste : un tiers hérité il y a cinquante ans, une nette majorité aujourd'hui, même si 60 % reste un peu en deçà des « deux tiers » de l'« exact inverse ».
Extraits marquants
Une sélection, pas la retranscription intégrale — la vidéo complète est ci-dessus.
Ce soir, je viens vous parler de dignité.
Avec moi, ni flou ni loup. Priorité à la jeunesse.
Je n'ai jamais demandé de poste à Emmanuel Macron. Jamais.
C'était ma voix, c'est indéniable. Et donc je vous le dis de manière très claire, je ne pense pas qu'il faille utiliser ce type de langage dans le débat public.
Le plus simple, c'est de s'excuser.
Si par malheur ce cauchemar arrive, on sera tous unis.
Avec moi, il [n']y aurait pas de mouvement social.
On ne tire pas à bout portant sur des enfants. Point barre.
Il n'y aura pas de capitalisation.
Quand on veut agir, on trouve un moyen. Quand on ne veut pas agir […], on trouve une excuse.