Sur la mobilisation lycéenne, les cinq condamnent les violences et jugent légitimes les revendications, mais divergent sur le message à envoyer : Ségolène Royal appelle les lycéens au calme et à reprendre les cours, estimant que « ce pouvoir ne vous donnera rien », quand Emmanuel Maurel refuse de leur demander de « rentrer chez eux ». Raphaël Glucksmann veut conditionner les aides publiques au privé à la mixité sociale ; Olivier Faure propose de descendre à 19 élèves par classe.
CAP 190°
Le débat de la primaire de la gauche · cinq candidats sur France 2 et France Inter
1er octobre 2026 · En direct sur France 2 et France Inter. Vidéo intégrale, résumé en six points, positions par candidat, désaccords et vérifications.
Organisé par France Télévisions et Radio France · animé par Caroline Roux et Benjamin Duhamel · durée Environ 2 h 15 (vidéo de 2 h 19 avec le reportage d'ouverture)
En six points
Sur le budget, Olivier Faure instaurerait la taxe Zucman, Raphaël Glucksmann en soutient le principe avec des modalités différentes pour les entreprises de la tech, et Ségolène Royal ne promet qu'un rétablissement de l'ISF sur la fortune financière avant tout autre impôt. Emmanuel Maurel conteste le diagnostic (« nous ne dépensons pas trop ») et défend un grand emprunt citoyen, une idée qu'Olivier Faure dit partager.
Sur les carburants, Ségolène Royal maintient l'essence à 1,70 € pour tous par une baisse immédiate des taxes ; Raphaël Glucksmann s'y oppose, au nom d'une aide qui profiterait aussi à ceux qui n'en ont pas besoin. Jérôme Guedj veut une baisse temporaire de la TVA et le blocage des marges des raffineurs, Olivier Faure une prime carburant défiscalisée, Emmanuel Maurel une négociation des marges « à la belge » et la priorité à l'électrification.
Sur les salaires, la baisse de la CSG proposée par Raphaël Glucksmann, financée par une taxation des héritages de plus de 2 millions d'euros, est contestée par les quatre autres : « vieille recette libérale » pour Olivier Faure, « usine à gaz » pour Emmanuel Maurel, « dangereuse » pour la Sécurité sociale selon Ségolène Royal, quand Jérôme Guedj préfère affecter cet argent au grand âge.
Sur l'international, Ségolène Royal plaide pour la médiation en Ukraine face à Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj, pour qui la paix passe par la fermeté. Sur Gaza, selon le décompte des animateurs, Olivier Faure, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal emploient le mot « génocide », Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj non : ils s'en tiennent aux crimes de guerre et crimes contre l'humanité visés par la Cour pénale internationale.
Sur les alliances, Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj excluent tout accord avec La France insoumise et reprochent à Olivier Faure de laisser la porte entrouverte aux législatives ; Olivier Faure défend un « bloc » de la gauche, Ségolène Royal une alliance rapide avec les écologistes et les communistes sans « se mettre derrière Jean-Luc Mélenchon », et Emmanuel Maurel l'union de la gauche, voire un front républicain si Marine Le Pen était élue.
Positions par candidat
Ce que chacun a dit pendant ce débat précis, avec l'horodatage de la vidéo.

Parti socialiste
Olivier Faure
École · 26:26
Propose de profiter de la baisse du nombre d'élèves (1,7 million en moins en dix ans, selon lui) pour descendre à 19 élèves par classe, d'assurer la mixité scolaire et de créer un « capital républicain » versé à chaque enfant à la naissance.
Fiscalité · 38:28
Instaurerait la taxe Zucman, qu'il chiffre à environ 15 Md€, et veut mieux taxer les gros héritages ; reprend l'idée d'un grand emprunt citoyen, avec un déplafonnement du livret de développement durable.
Carburants · 52:04
Propose de libérer une partie des stocks stratégiques, d'agir sur les marges des producteurs et des raffineurs et de créer une « prime carburant » versée par les employeurs, défiscalisée et exonérée de cotisations.
Salaires · 1:11:19
Contre la baisse de la CSG ; veut un SMIC à 1 700 €, des salaires indexés sur l'inflation jusqu'au salaire médian, et 1 € versé aux salariés pour chaque euro de dividende.
Ukraine · 1:29:25
Juge « vaine » l'idée de Casques bleus préventifs en raison du veto russe au Conseil de sécurité ; défend la limitation du droit de veto en cas de crimes de masse.
Gaza · 1:34:51
Dénoncerait un « génocide » à Gaza, comme le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, en invoquant la convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide.
Alliances · 2:08:12
Défend un « bloc » de la gauche, « de Ruffin à Glucksmann », avec les communistes et les écologistes, et refuse que chaque débat tourne autour de Jean-Luc Mélenchon.

Place publique
Raphaël Glucksmann
École · 29:24
Veut un plan de sauvetage de l'école publique et conditionner les aides publiques à l'enseignement privé (10 Md€ par an, selon lui) à des objectifs de mixité sociale.
Fiscalité · 38:12
Soutient la taxe Zucman, mais veut des modalités d'application différentes pour les entreprises de la tech, comme le programme du Parti socialiste.
Carburants · 46:40
S'oppose à une baisse générale des taxes sur les carburants, qui profiterait surtout aux plus aisés comme en 2022 selon lui ; préfère une aide ciblée sur les ménages populaires et les classes moyennes, chiffrée par lui à 4 Md€.
Salaires · 58:31
Propose de baisser la CSG sur les salaires (105 € de plus par mois pour une auxiliaire de vie, selon lui), financée par la taxation des héritages de plus de 2 millions d'euros.
Ukraine · 1:22:01
« La paix se construit dans la force » : aide à la résistance ukrainienne, saisie des 210 Md€ d'avoirs publics russes gelés en Europe et défense européenne souveraine.
Gaza · 1:42:52
Refuse le mot « génocide » et s'en tient au crime contre l'humanité retenu par la CPI ; veut que Benyamin Netanyahou soit jugé, des sanctions contre les colons et la suspension de l'accord d'association UE-Israël.
Alliances · 1:52:39
Exclut tout accord avec La France insoumise, pour des raisons morales, doctrinales (Russie, Chine, défense européenne) et d'efficacité électorale face à l'extrême droite.

Parti socialiste
Jérôme Guedj
École · 14:22
Condamne les violences, juge légitime la colère des lycéens et propose d'organiser dans chaque lycée un recueil de leur parole avec les enseignants, les directions et les élus locaux.
Fiscalité · 37:10
Assume des économies, à condition qu'elles ne pénalisent ni le pouvoir d'achat, ni l'accès aux soins, ni les prestations ; veut faire contribuer les entreprises, l'intelligence artificielle, les exonérations de cotisations et le patrimoine.
Carburants · 55:36
Veut une baisse « significative d'emblée » : blocage des marges des raffineurs et baisse temporaire et limitée de la TVA sur les carburants ; propose une voiture électrique produite en France ou en Europe à 10 000 ou 15 000 €.
Santé · 56:26
Propose de remplacer les complémentaires santé par une « sécurité sociale intégrale », qui ferait économiser selon lui entre 500 et 1 000 € par ménage.
Salaires · 1:07:22
Préfère affecter la taxation des plus hauts héritages au grand âge, à la perte d'autonomie et au handicap ; veut réduire les exonérations de cotisations des entreprises qui n'augmentent pas les salariés au SMIC.
Ukraine · 1:31:10
Met en garde contre des « paix munichoises » et veut une autonomie stratégique européenne : pilier européen de la défense, souveraineté sur les armements.
Gaza · 1:36:44
Dénonce les crimes de guerre et crimes contre l'humanité visés par la CPI, mais refuse le mot « génocide », qui participerait selon lui à la « nazification » de l'État d'Israël.
Alliances · 1:59:19
Fait de la rupture avec La France insoumise la « ligne rouge » de la primaire et reproche à Olivier Faure de laisser entendre que des accords législatifs restent possibles.

Gauche républicaine et socialiste
Emmanuel Maurel
École · 30:32
Ne demande pas aux lycéens de « rentrer chez eux » : il juge le mouvement légitime et estime qu'il peut « engranger des gains » ; veut revoir certaines pratiques de maintien de l'ordre.
Fiscalité · 42:07
« Nous ne dépensons pas trop », nous ne produisons pas assez : défend un grand emprunt citoyen, adossé aux 6 000 Md€ d'épargne disponible selon lui, pour l'électrification, la décarbonation et la réindustrialisation.
Carburants · 53:02
Refuse de baisser les taxes sur les hydrocarbures et donne la priorité à l'électrification ; pour l'urgence, une négociation régulière des marges « à la belge », le rétrofit et du leasing social de voitures électriques dans les zones rurales.
Salaires · 1:02:04
Contre la baisse de la CSG comme des cotisations sociales ; veut augmenter le SMIC, indexer les salaires sur l'inflation, dégeler le point d'indice, appliquer l'égalité salariale femmes-hommes et augmenter la CSG sur le capital.
Ukraine · 1:25:49
Veut continuer à aider l'Ukraine financièrement et militairement et sanctionner la Russie ; dénonce l'accord commercial conclu entre l'UE et les États-Unis et plaide pour une diplomatie française non alignée.
Gaza · 1:47:56
Défend la « position traditionnelle de la France » (reconnaissance d'un État palestinien, sécurité d'Israël) ; veut sanctionner le gouvernement israélien par l'accord d'association UE-Israël et condamner davantage la colonisation en Cisjordanie.
Alliances · 2:06:59
Si Marine Le Pen était élue, appelle à l'union de la gauche et même à un front républicain aux législatives pour lui refuser une majorité à l'Assemblée.

Sans étiquette
Ségolène Royal
École · 22:04
Appelle les lycéens au calme et à reprendre les cours, car « ce pouvoir ne vous donnera rien » ; dénonce la brutalité de « certains policiers » et promet un pacte des générations.
Fiscalité · 43:33
Ne veut pas annoncer de nouvelle taxe avant un débat sur l'« ordre juste fiscal », sauf le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune financière ; juge qu'un grand emprunt suppose d'abord de remettre les comptes en ordre.
Carburants · 48:19
Maintient sa proposition de ramener l'essence à 1,70 € le litre par une baisse immédiate des taxes, en partie récupérée sur les marges des raffineurs ; juge les chèques ciblés longs, coûteux et contournés.
Salaires · 1:03:47
Juge « dangereuse » la baisse de la CSG, qui affaiblirait la Sécurité sociale ; veut d'abord récupérer la fraude fiscale, notamment grâce à l'intelligence artificielle, et revoir les aides aux entreprises sans contrepartie.
Ukraine · 1:18:01
Plaide pour une médiation et une négociation, avec l'Ukraine ; estime que la guerre aurait pu être évitée et qu'il aurait fallu demander une force d'interposition.
Alliances · 2:02:13
Veut une alliance rapide avec les écologistes et le PCF ; exclut de « se mettre derrière Jean-Luc Mélenchon » et refuse d'imaginer un second tour Mélenchon–Le Pen.
Désaccords marquants
Vérification des affirmations
« Il y a 50 ans, les deux tiers de la fortune des Français, c'était le produit de leur travail […] et un tiers, c'était le produit de leur héritage. Aujourd'hui, c'est l'exact inverse. »
Le Conseil d'analyse économique, organisme rattaché au Premier ministre, estime que la part de la fortune héritée dans le patrimoine total des Français est passée d'environ 35 % au début des années 1970 à 60 % aujourd'hui. L'ordre de grandeur est juste : un tiers hérité il y a cinquante ans, une nette majorité aujourd'hui, même si 60 % reste un peu en deçà des « deux tiers » de l'« exact inverse ».
« Saisir les avoirs publics russes, les 210 milliards d'euros qui sont actuellement dans nos banques. »
Lorsque l'Union européenne a décidé, en décembre 2025, d'immobiliser sans limite de durée les avoirs de la Banque centrale de Russie, ceux-ci représentaient 210 Md€, dont 185 Md€ chez le dépositaire central Euroclear à Bruxelles et 25 Md€ dans des banques privées. Le montant cité est donc exact ; leur saisie pure et simple, qu'il propose, n'a en revanche pas été décidée.
« Vous les Américains, vous avez le droit de taxer nos produits à hauteur de 15 %. Par contre, vous les Européens, vous taxez à 0 % les produits américains et en plus vous vous engagez à nous acheter 650 milliards d'hydrocarbures. »
La déclaration commune UE–États-Unis du 21 août 2025, qui formalise l'accord conclu à Turnberry le 27 juillet, prévoit bien que les États-Unis appliquent aux produits européens le plus élevé de leur droit habituel ou de 15 %, et que l'UE supprime ses droits de douane sur tous les produits industriels américains (l'accès des produits agricoles et de la mer est seulement facilité). Mais l'achat d'énergie américaine (gaz naturel liquéfié, pétrole, nucléaire) y est chiffré à 750 milliards de dollars d'ici 2028, et non 650 milliards, et il est présenté comme une intention de l'UE, pas comme un engagement chiffré contraignant.
Sources
- Commission européenne, Joint Statement on a United States–European Union framework on an agreement on reciprocal, fair and balanced trade, 21 août 2025policy.trade.ec.europa.eu
- Euronews, EU and US release long-awaited trade statement setting 15% all-inclusive tariff on EU goods, 21 août 2025euronews.com
« Une grande réforme […] qui était de dire que dès lors qu'il y a des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité ou des génocides, il faut que le droit de veto ne puisse plus s'imposer. »
La France défend bien une initiative d'encadrement du veto au Conseil de sécurité de l'ONU en cas d'atrocités de masse (génocide, crime contre l'humanité, crimes de guerre de grande ampleur) : elle s'est engagée dès 2013 à ne pas utiliser le sien dans ces cas, et porte cette initiative avec le Mexique depuis 2015 ; 127 États la soutiennent. Il s'agit toutefois d'un engagement volontaire des membres permanents, pas d'une règle qui s'impose à la Russie ou à la Chine.
« Dans un collège public aujourd'hui, il y a 43 % d'élèves issus de milieux défavorisés. Dans un collège privé, c'est 18 %. »
La Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l'Éducation nationale donne, pour la rentrée 2021, 42,6 % d'élèves de milieu social défavorisé dans les collèges publics et 18,3 % dans les collèges privés sous contrat. Les arrondis sont corrects. Deux précautions : ces chiffres datent de 2021, la note de la DEPP la plus récente que nous ayons consultée sur le sujet, et ils ne portent que sur le privé sous contrat avec l'État, c'est-à-dire la quasi-totalité du privé.
« Il y a eu une perte de pouvoir d'achat de 1 200 € pour un couple avec deux enfants et de 800 € pour une personne seule. »
Les chiffres auxquels elle fait référence sont des calculs de l'Institut français de l'économie réalisés pour Le Monde et publiés le 30 septembre 2026, soit la veille du débat. Ils évaluent la perte de pouvoir d'achat depuis 2024, en tenant compte de l'inflation, à 1 200 € pour deux adultes et deux enfants, ce qui est exact, mais à 600 € pour une personne seule, et non 800 €. Il s'agit d'ordres de grandeur moyens, pas d'une somme retirée à chaque foyer. L'Insee, de son côté, a mesuré un recul de 0,7 % du pouvoir d'achat par unité de consommation en 2025. Nous n'avons pas pu consulter l'article du Monde lui-même : ces montants sont repris de deux articles qui le citent.
Extraits marquants
Une sélection, pas la retranscription intégrale — la vidéo complète est ci-dessus.
J'ai fait le choix lors des dernières élections législatives, et j'étais bien seul à l'époque, d'assumer une rupture totale avec cette gauche du bruit et de la fureur.
Après dix années de macronisme qui ont tant abîmé le pays, nous avons besoin d'une rupture, d'une rupture radicale. Nous avons besoin d'une révolution écologique.
Le président qui n'envoie pas la cavalerie contre les lycéens mais qui les accueille à l'Élysée, parce que quand l'avenir frappe à votre porte, on ne lui répond pas [par] la matraque.
Oui, je les appelle au calme parce que je leur dis : ce pouvoir-là ne vous donnera rien. Donc arrêtez de vous abîmer.
Moi je pense que nous ne dépensons pas trop. Je pense que nous [ne] produisons pas assez en France et que ce que nous produisons est inégalement réparti.
Nous sommes tous pour la paix, madame Royal. Mais la paix, ce n'est pas de céder au tyran qui déclenche les guerres. La paix, elle se construit dans la force.
Comme Pedro Sánchez en Espagne, je dénoncerais un génocide, parce qu'il faut que les mots soient employés.
Je dénonce les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité qui ont été commis et que d'ailleurs la CPI a reconnus comme tels.
Il est hors de question de se mettre derrière Jean-Luc Mélenchon, sinon on [n']aurait même pas fait de primaire.
Si par malheur on ne parvient pas à notre objectif et que Marine Le Pen devient présidente de la République, […] nous ferons non seulement l'union de la gauche, mais on fera même le front républicain.