Sur les carburants, un vrai clivage sur la méthode : Ségolène Royal veut ramener l'essence à 1,70 € pour tous jusqu'au 31 décembre par une baisse générale des taxes, quand Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj et Olivier Faure préfèrent cibler les classes populaires et moyennes, refusant de faire baisser le prix « pour ceux qui prennent leur SUV ».
CAP 190°
Le débat de la primaire sociale-démocrate · cinq candidats sur LCI
23 septembre 2026 · Plateau de LCI. Vidéo intégrale, résumé en six points, positions par candidat, désaccords et vérifications.
Organisé par LCI, en partenariat avec Le Parisien · animé par David Pujadas (LCI), avec Marion Mourgue (Le Parisien) · durée Environ 3 h 15
En six points
Sur l'Ukraine, tous soutiennent la résistance ukrainienne, mais avec des accents différents : Raphaël Glucksmann exclut tout dialogue avec un Vladimir Poutine qu'il juge non négociable et veut saisir les avoirs russes gelés, quand Ségolène Royal regrette l'absence d'effort de médiation équivalent à l'effort militaire.
Sur Gaza, le mot « génocide » sépare les cinq candidats : Olivier Faure et Ségolène Royal l'emploient, quand Jérôme Guedj s'en tient aux qualifications de la Cour pénale internationale (crimes de guerre, crimes contre l'humanité) et met en garde contre les amalgames antisémites — une mise en garde qui a donné lieu à l'un des échanges les plus tendus du débat.
Sur les bas salaires, les cinq candidats convergent sur la nécessité d'augmenter le SMIC et de mieux encadrer les aides aux entreprises, avec des mesures distinctes : bouclier logement et « grande sécu » pour Olivier Faure, taxation des méga-héritages pour Raphaël Glucksmann, conférence salariale par branche pour Ségolène Royal.
Sur la dette, aucun des cinq ne défend l'annulation prônée par Jean-Luc Mélenchon, mais Emmanuel Maurel et Ségolène Royal proposent de flécher la dette « perpétuelle » de la BCE vers la seule transition écologique, quand Jérôme Guedj rejette toute solution jugée trop technique et mise sur la justice fiscale et les économies dans l'assurance maladie.
Le vrai point de rupture porte sur une éventuelle alliance avec La France insoumise aux élections législatives : Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann l'excluent catégoriquement, y compris en cas de victoire de Marine Le Pen à la présidentielle, quand Ségolène Royal refuse ce qu'elle appelle une « obsession » anti-LFI et plaide pour rassembler tous les électeurs de gauche.
Positions par candidat
Ce que chacun a dit pendant ce débat précis, avec l'horodatage de la vidéo.

Parti socialiste
Olivier Faure
Carburants · 26:46
Refuse une baisse générale des taxes qui profiterait aussi aux plus gros véhicules ; veut plafonner les marges des multinationales pétrolières et une taxation européenne des superprofits.
Gaza · 58:10
Qualifie la situation à Gaza de génocide, veut suspendre l'accord d'association UE-Israël et interdire le commerce avec les colonies israéliennes.
Pouvoir d'achat · 1:42:48
Propose un bouclier logement (30 % des revenus au maximum), une sécurité sociale alimentaire et une « grande sécu » remplaçant les mutuelles privées.
Retraites · 2:12:42
S'engage à abroger la réforme des retraites de 2023 (retour à 62 ans) et à revoir les critères de pénibilité.

Place publique
Raphaël Glucksmann
Ukraine · 41:44
Exclut tout dialogue avec Vladimir Poutine, veut saisir les 210 Md€ d'avoirs russes gelés en Europe pour financer l'aide à l'Ukraine et réserver les fonds européens de défense aux productions européennes.
Carburants · 13:52
Propose un triplement ciblé du chèque énergie, financé par une taxation des superprofits de Total (11 Md€ de bénéfices au premier semestre 2026).
Fiscalité · 1:36:26
Veut taxer les héritages au-dessus de 2 millions d'euros pour financer une baisse de la CSG sur les salaires (environ 120 €/mois pour un salaire à 2 000 €).
Alliances · 3:03:14
Exclut catégoriquement tout accord avec La France insoumise, au présidentiel comme aux législatives.

Parti socialiste
Jérôme Guedj
Carburants · 19:26
Veut plafonner les marges des raffineurs (référence au précédent Rocard de 1990) et réintroduire un « ISF climatique » d'environ 5 Md€.
Gaza · 1:01:31
Refuse le mot « génocide », s'en tenant aux qualifications de crimes de guerre et crimes contre l'humanité retenues par la CPI ; met en garde contre les amalgames antisémites.
Économies publiques · 2:22:59
Défend des économies ciblées dans l'assurance maladie (260 Md€ de dépenses annuelles) sans réduire l'accès aux soins, et la fin du dumping fiscal intra-européen.
Alliances · 2:35:24
Exclut toute alliance avec La France insoumise aux législatives, y compris en cas de victoire de Marine Le Pen à la présidentielle.

Gauche républicaine et socialiste
Emmanuel Maurel
Carburants · 13:16
Propose un « emprunt national citoyen » pour financer l'électrification, en s'appuyant sur les 6 000 Md€ d'épargne disponible en France.
Ukraine · 44:38
Distingue le nationalisme (Poutine, Trump, Netanyahou) du pacifisme de gauche ; alerte sur le retard français en cybersécurité et en drones.
Dette · 2:04:21
Rejette l'annulation de la dette mais propose de réserver la dette reconduite par la BCE à la transition écologique ; veut réindustrialiser via des politiques commerciales protectrices.
Alliances · 2:30:40
Refuse d'exclure par avance toute convergence de vote avec la gauche à l'Assemblée, au nom du risque d'une majorité d'extrême droite.

Sans étiquette
Ségolène Royal
Carburants · 16:48
Propose de ramener le prix de l'essence à 1,70 € pour tous jusqu'au 31 décembre, en s'inspirant de baisses de taxes appliquées en Espagne.
Ukraine · 36:27
Juge que la guerre aurait pu être évitée par un déploiement préventif de casques bleus ; veut poursuivre l'aide militaire tout en intensifiant la médiation.
Dette · 1:56:12
Rejette l'annulation de la dette, propose de réserver la dette reconduite par la BCE à la transition écologique et de rétablir l'ISF.
Alliances · 2:47:55
Refuse de fermer par avance la porte à des convergences électorales à gauche ; dénonce une « obsession » anti-LFI chez d'autres candidats.
Désaccords marquants
Vérification des affirmations
« Pedro Sánchez a augmenté le SMIC de 60 % dans son pays […] le patronat disait qu'on allait perdre 200 000 emplois. Le résultat, c'est qu'on a gagné en Espagne 2,5 millions d'emplois depuis 2018. »
Le salaire minimum espagnol (SMI) est passé de 735,90 € en 2018 à 1 221 € début 2026, une hausse d'environ 66 % : le « 60 % » cité était exact pour 2025 (+61 %) mais sous-estime déjà la réalité au moment du débat. Le chiffre patronal de « 200 000 emplois » menacés n'a pas pu être retrouvé dans une déclaration datée de la confédération patronale CEOE ; des instituts indépendants (Banque d'Espagne, Fedea, l'autorité budgétaire AIReF) ont bien chiffré des effets négatifs sur l'emploi liés à des hausses spécifiques du SMI, dans un ordre de grandeur comparable (de 94 000 à 180 000 selon l'étude et la hausse considérée), mais sans lien direct établi avec une mise en garde patronale précise. Enfin, l'Espagne a créé net environ 3,1 à 3,4 millions d'emplois depuis 2018 selon l'enquête de population active et les affiliations à la Sécurité sociale espagnoles : le chiffre de 2,5 millions avancé est donc lui aussi une sous-estimation.
Sources
- Ministerio de Trabajo y Economía Social (Espagne), série historique du salaire minimum interprofessionnel (SMI)mites.gob.es
- Boletín Oficial del Estado, Real Decreto 126/2026 fixant le SMI 2026 à 1 221 €boe.es
- Banco de España, Documento Ocasional n° 2113, effets de la hausse du SMI de 2019 sur l'emploibde.es
- INE (Espagne), Enquête de population active (EPA), 4e trimestre 2025ine.es
Extraits marquants
Une sélection, pas la retranscription intégrale — la vidéo complète est ci-dessus.
Quand on aime la France, on aime tous les Français, quel que soit leur métier, quel que soit leur origine, quelle que soit leur fortune, quel que soit leur couleur de peau ou leur religion.
L'extrême droite est aux portes du pouvoir […] si la France tombe, c'est toute l'Europe qui tombera. Cette élection pour nous, c'est la dernière chance.
On ne transige jamais avec la laïcité et l'universalisme, ni avec la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. C'est pourquoi j'ai le premier et seul porté la rupture avec la France insoumise.
Je pense que ce déclin n'est pas fatal, que nous avons le pouvoir de remonter la pente.
On a 210 milliards d'avoirs publics russes gelés en Europe. Saisissons-les et affectons-les à l'aide à l'Ukraine. Ça ne coûtera pas 1 € au contribuable européen.
Il faut que nous-mêmes nous puissions dire maintenant : ça suffit. Cette grande démocratie [Israël], elle a un rendez-vous le 27 octobre prochain.
Je veux qu'on redevienne une République de travailleurs. La lutte contre les privilèges, c'est l'ADN de la gauche.
Il n'y aura pas au présidentiel d'accord avec la France insoumise et il n'y en aura pas non plus aux législatives.
Plus vous faites de l'obsession sur les Insoumis, plus vous les remettez au centre du jeu.